A la hauteur du patrimoine

Rédigé par Frédérique Malotaux et Ombeline d’Aboville, historiennes d’art, sous l’autorité de Didier Répellin, architecte en chef des monuments historiques, l’ouvrage illustré Le Grand Hôtel-Dieu de Lyon traitant d’histoire architecturale, humaine et spirituelle à travers les siècles, a été présenté le mercredi 14 décembre à l’Hôtel de Ville.

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Ce livre, réalisé à la demande des lyonnais qui ont effectué la visite du bâtiment, montre que le patrimoine a évolué avec le temps. « Nous avons recherché de la documentation dans les fonds d’archives existant,  et avons été surprises par l’immensité retrouvée » indique Frédérique Malotaux. Pour l’écrire, les auteures se sont inscrites dans les pas du visiteur.

                                                               Un monument exceptionnel

Héritier de la Maison pour nécessiteux qui accueillait l’étranger venu de l’autre rive, construite au VIe siècle par Childebert au bord de la Saône, l’Hôtel-Dieu fut édifié au XIIe, par les frères pontifes alors qu’ils réalisaient le premier pont enjambant le Rhône. A l’extrémité ils bâtirent un couvent et un bâtiment pour malades qui fit office d’hospice, jusqu’au XVIe siècle, quand les échevins construisirent un hôpital moderne, pour soigner à la fois le corps, l’âme et l’esprit,  l’ancien étant transformé en chapelle.

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Triomphe de la géométrie du XVIIIe – C’est en 1741 que Soufflot commence à travailler sur la façade que malheureusement, il ne verra jamais complètement achevée. Pourtant ce style de construction va s’implanter dans toute l’Europe, Italie, Espagne, Angleterre et même Russie, où le Tsar veut venir à Lyon voir l’oeuvre de Soufflot. Au XIXe, l’architecte Pascalon fait de très belles réalisations en s’adaptant à l’architecture du siècle précédent

« Toute l’évolution de l’Hôtel-Dieu s’est faite grâce à des greffes intelligentes, soutient Didier Repellin architecte en Chef des Monuments Historiques, on a reconstruit en gardant le patrimoine ».

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En 1905 Tony Garnier veut détruire l’hôpital, mais suite à des tergiversations qui durèrent une trentaine d’année, c’est l’hôpital de la Charité qui va tomber sous les pioches des démolisseurs pour voir à son emplacement, s’élever la Grande Poste. « De nos jours, ce dernier serait classé et conservé, car un Monument Historique est toujours réhabilité » poursuit l’architecte. Ceci est le cas de l’Hôtel-Dieu aujourd’hui, qui après avoir enduré les bombardements de 1944, vu sa galerie disparaitre en 1959 pour permettre l’élargissement de la rue Childebert, sera restauré, pour au XXIe subir une véritable transformation.

Le volume et la respiration font le luxe – Derrière ces pierres, se cachent beaucoup d’hommes, de femmes, de grands médecins et de vies humaines exceptionnelles, ainsi que des richesses extraordinaires, des fresques du premier siècle ont été retrouvées, les fouilles ont mis à jour un cimetière juif et un autre protestant, les murs du Grand Réfectoire sont décorés avec des œuvres de Michel Ange et de Sarrabat, l’escalier monumental reste un véritable défi humain ! Afin de préserver ce patrimoine, tout l’Hôtel-Dieu a été classé en 2011 pour devenir une page de l’histoire architecturale française. L’Hôtel-Dieu est un témoignage des savoir-faire du XIIe au XIXe siècle. « Tous ceux qui ont travaillé dans cet hôpital ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour le bien être des patients, assure l’architecte, c’est l’humanisme à la lyonnaise ».

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Depuis longtemps les activités médicales diminuaient à l’Hôtel-Dieu, et pour finir, le Conseil d’Administration des Hospices Civils a décidé de les supprimer en totalité. Afin que le centre-ville, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ne devienne pas un immense musée, mais que la vie y soit toujours présente, il est nécessaire de redonner à certains lieux comme à cet hôpital, de nouvelles affectations.

Vont donc être réalisés dans ces bâtiments emblématiques, un hôtel de classe internationale, un centre de congrès, des bureaux, quelques logements, la cité de la gastronomie, des commerces, des jardins et un parking de cent soixante places, en sous-sol.

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A noter, qu’un bail emphytéotique de quatre-vingt-quatorze ans a été signé avec le Crédit Agricole, que pour réhabiliter les 51.000 m², dont deux hectares de façade, une enveloppe de cent soixante-dix millions hors taxes est prévue,  et que pour retrouver les volumes, 200 m3 de gravats ont été dégagés tous les jours pendant un an !

Mais où est la vie locale et de proximité tant demandée depuis longtemps par les habitants et associations du quartier ? Celle-ci a jusqu’à ce jour été totalement évincée !

contact: lyon-presquile@orange.fr

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