Epoque angoissante

C’est avec beaucoup d’émotion que les auditeurs ont accueilli le témoignage de Claude Bloch, quatre-vingt-treize ans, dernier rescapé lyonnais des camps de concentration, lors de son intervention à la mairie du 2e arrondissement, le lundi 9 mai.

Véritable chasse à l’homme

Elu en 1933, Hitler met rapidement en place le premier camps, Dachau, destiné principalement aux francs-maçons et aux communistes, puis à partir de 1938 il se déchaine contre les Juifs. Le 3 octobre 1940 est promulguée par le gouvernement Pétain, la première loi anti-juive, qui leur interdit certaines professions. La France est divisée en deux, seul le nord est occupé. Mais en 1942, c’est l’invasion totale, les Allemands débarquent à Lyon le 11 novembre. Les Juifs doivent se cacher ou tout au moins ne pas se faire repérer, car Hitler veut arriver à la solution finale avec le problème juif. En 1943 le gouvernement de Vichy crée la milice, qui fait la chasse aux résistants et aux Juifs.

Le 1er Novembre 1943, Claude Bloch atteint ses quinze ans, et doit avoir une carte d’identité. Celle-ci qui a échappé au tampon Juif, sera falsifiée par son père en Blacher, mais n’apporte tout de même pas toutes les garanties, son vrai nom étant inscrit à d’autres endroits. Fin Février 1944, la famille Bloch qui habitait rue Franklin où l’appartement sera pillé par la milice en mai 1944, doit fuir à Crépieux pour avoir moins de risques d’être arrêtée, mais la mère et son fils viennent quotidiennement à Lyon, pour travailler et pour aller à l’école, et tremblent dans le bus qui les transporte. Le 26 Juin 1944, Paul Touvier débarque à Crépieux et leur somme de le suivre. Emmenés au siège de la Gestapo à Bellecour, où ils sont emprisonnés dans la cave. De là, après un certain temps, car ils n’ont plus d’heure, et voient s’écouler les jours, ils sont transférés à la prison de Montluc, dans la baraque aux Juifs, puis de là, dans des wagon à bestiaux, emmenés à Drancy, pour être déportés quelques jours plus tard, le 3 août 1944, à Birkenau. « C’est alors que j’ai été sauvé par ma mère qui m’a poussé en me disant d’aller vers les hommes, alors que femmes et enfants étaient conduits directement à la chambre à gaz ». Après avoir fait trois kilomètres à pied, ils sont arrivés à Auschwitz où ils durent se déshabiller et furent tatoués d’un numéro de prisonnier.

Souffrance permanente

Dans des dortoirs, à deux dans le même lit, ils étaient réveillés très tôt par les hurlements des kapos, anciens prisonniers chargés de la surveillance, qui avaient tous les droits. Après avoir sorti les cadavres de ceux qui étaient morts pendant la nuit, et bu un léger breuvage, ils partaient travailler. Claude Bloch était affecté au terrassement. « Toute la journée, nous piochons, piochions, sans avoir le droit de se relever, et sans savoir ce que nous faisions, et ceci un minimum de douze heures d’affilé, juste entrecoupées d’une légère collation selon le bon vouloir des SS ». Le dimanche ils ne travaillaient pas, mais levés à la même heure, ils devaient se promener toute la journée dans les allées du camp, sans avoir le droit de rentrer, quel que soit le temps ou leur degré de fatigue. Puis il y avait les châtiments. Le premier était la mort, et le deuxième les coups de fouet. Claude Bloch a subi ce dernier. Toutes les nationalités d’Europe étaient représentées, mais ne pouvaient pas communiquer puisqu’elles ne se comprenaient pas.

Fin 1944, les Allemands sentant la déroute venir, arrêtèrent les chambres à gaz. Claude Bloch est alors transféré dans un camp au nord de la Pologne où il est affecté à un commando qui travaille à l’usine. Puis les 4 et 5 mai 1945, c’est l’évacuation du camp. Ils sont embarqués sur une péniche, surveillés par les SS qui disparaissent après quelques jours, et la Croix-Rouge suédoise les prend en charge. Claude Bloch fut soigné pendant deux mois, il pesait trente kilos, puis revient à Lyon le 22 juillet 1945, où il retrouve sa grand-mère qui avait échappé aux Allemands le 26 juin 1944, et s’était cachée depuis cette date.

contact: lyon-presquile@orange.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.