Ainay, d’une abbaye à un clocher

Dès l’époque romaine, avec la fondation de Lugdunum en 43 av. J.C, la presqu’ile marque son importance dans la cité qui en trente ans se promeut deuxième ville de Gaule.

Un essor formidable
Lugdunum devient un centre névralgique, des commerces s’implantent. Mais la presqu’ile est très marécageuse, aussi de gros travaux d’aménagement et de terrassement sont-ils entrepris pour relever le sol d’un mètre. Au IIe siècle elle est habitée, Condate qui signifie confluent, est un bourg au pied de la colline de la Croix-Rousse et plus au sud, Canabae qui signifie baraquement, est la zone des entrepôts. Il devait y avoir deux ponts sur la Saône, l’un au niveau des Terreaux et l’autre à l’aplomb de la rue Sainte-Hélène. Au moment de la destruction de l’église Saint-Michel, des débris antiques ont été retrouvés, vers la place Antoine Vollon, ce qui signifie qu’il y aurait eu des marchands de vin dans le secteur. Les barriques arrivaient par la Saône, et étaient déchargées dans un port à proximité. Au sud de la rue Sainte-Hélène se trouvaient probablement de riches maisons, car on a retrouvé en ce lieu, de nombreuses mosaïques. « Certaines sont d’ailleurs visibles dans l’église Saint-Martin d’Ainay, dans la chapelle de la Vierge » indique le Professeur François Richard, historien. Au IVe siècle le rôle commercial de la ville décline, Lyon devient une petite cité.

Une puissante Abbaye
Au début du Moyen-Age, Ve-VIè siècle, la presqu’ile est peu habitée, le sud est à l’abandon. Est alors fondée en 506 par une reine Burgonde, l’église Saint-Michel à proximité de la rivière, à laquelle du XIe au XIIIe siècle, viendra se joindre un monastère qui disparaitra lorsque l’église devint paroissiale.
Entre temps, en 859 le prieuré bénédictin Saint-Benoit de Cessieu, élevé au rang d’Abbaye, l’Abbaye Saint-Martin d’Ainay dont plusieurs abbés devinrent archevêques de Lyon, avait été fondée. L’église actuelle, érigée au XIe, avec une dizaine de chapelles latérales, fut consacrée par le pape Pascal II en 1107. Les XIIe et XIIIe siècles vont être la grande période de l’Abbaye. « Il semble que trente à cinquante moines venant de familles aisées et obéissant à la règle de Saint-Benoit y vivaient, soumis à des charges à la fois temporelles et spirituelles » poursuit François Richard. Vivant de dons importants, terres, propriétés, vignes, ils étaient très riches et se comportaient comme les seigneurs du sud de la presqu’ile. Puis petit à petit ce fut la décadence.

La fin d’une époque
En 1562 l’Abbaye est pillée par les protestants et le cloitre qui ne sera qu’en partie reconstruit, complètement détruit. Au XVIIe, Ainay est transformée en église paroissiale, les dix-huit moines restants deviennent chanoines. Saint-Michel est alors fermée en 1690, et détruite en 1742 ; une chapelle lui sera dédiée dans la basilique. Puis pour des raisons financières, l’Abbaye se voit dans l’obligation de vendre ses terrains qui au XIIIe vont jusqu’aux Cordeliers. Au siècle suivant, la famille Le Viste acquiert Bellecour ; au XVIe les Jésuites s’établissent au sud de la place et lotissent les rues Sala, François Dauphin, de la Charité, Auguste Comte et Boissac. Aux XVIIe et XVIIIe arrivent les Clarisses et les Recluses, et pour finir les abbés d’Haussonville de Vaubecour, de La Tour d’Auvergne et Jarente de la Bruyère, trois noms bien connus dans le quartier, vont vendre les derniers terrains, sur lesquels sont construits des hôtels particuliers. Puis va arriver l’ingénieur Perrache et ses chamboulements …
Utilisée comme grenier à blé sous la révolution, l’église sera rouverte au culte en 1802. Classée monument historique en 1844, elle est restaurée au cours du XIXe selon un style néo-roman, les dernières traces du cloitre disparaissent. Elle est élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie X, en 1905. Rénovée à la fin du XXe, à l’intérieur puis à l’extérieur, elle est intégrée à l’ensemble interparoissial presqu’ile sud en 2000. Depuis le 1er janvier 2017, l’église Saint-Martin d’Ainay est devenue l’un des trois clochers de la paroisse Sainte-Marie en Presqu’ile.

contact: lyon-presquile@orange.fr

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